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Michelle Bachelet a remporté dimanche 53,5% des suffrages, contre 46,5% au multimillionnaire Sebastian Piñera, premier candidat présidentiel non "pinochettiste" de l'actuelle droite chilienne. Depuis la fin de la dictature militaire d'Augusto Pinochet, en 1990, il s'agit de la 4e victoire consécutive de la Concertation démocratique, coalition de centre gauche réunissant socialistes, démocrates-chrétiens et radicaux.
Pédiatre de 54 ans, ex-ministre de la Santé et de la Défense, fille d'un général mort dans les prisons de la dictature, agnostique et mère de trois enfants de deux pères différents dont elle est séparée -un profil qui reflète les bouleversements sociaux du Chili- Michelle Bachelet sera investie le 11 mars prochain. Elle devient, pour un mandat de quatre ans, la première femme présidente de son pays et la 6e de l'histoire de l'Amérique latine.
Se succédant à elle-même, la Concertation démocratique chilienne conforte plus qu'elle ne renforce la tendance lourde au virage à gauche en Amérique latine. Cette évolution continentale pourrait inciter Michelle Bachelet, plus revendicative que son prédécesseur socialiste (le président sortant Ricardo Lagos), à adopter des mesures relativement radicales contre les inégalités sociales.
La victoire du centre gauche au Chili succède au triomphe, le 18 décembre dernier en Bolivie, de la gauche ethnique de l'Amérindien Evo Morales. Des gauches diverses gouvernent aussi au Venezuela, au Brésil, en Argentine, en Uruguay et à Cuba. Cette tendance pourrait s'amplifier en 2006 lors des élections présidentielles au Pérou (le 9 avril), au Mexique (2 juillet), en Equateur (15 octobre) et au Nicaragua (5 novembre). Réfractaire la plus notoire, la Colombie devrait, selon les sondages, réélire au mois de mai son président conservateur et pro-américain, Alvaro Uribe, confronté à la dernière guérilla marxiste du continent.